Utilisation de l’Artémisia contre le Covid-19 : des pistes et plaidoyers d’un Chercheur au Conseil Scientifique

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La Guinée dans la perspective d’utilisation de l’Artemisia annua

Depuis l’identification du premier cas du Covid-19 en République de Guinée, les stratégies se multiplient pour trouver un remède. Parmi ces stratégies, les autorités politiques et sanitaires accordent une place importante aux plantes médicinales qui restent une ressource facilement accessible aux populations. De nos jours, l’Artemisia devient le meilleur “blé anti-corona” dont le Madagascar devient le premier paysan producteur.

Certes l’Artemisia annua pourrait être un remède contre le Covid-19, mais il serait idéal de procéder à une communication scientifique sur la molécule bioactive (artémisinine) pour éviter le pire surtout dans les zones rurales. Dans ces milieux, dès les premières annonces sur son efficacité anti-corona, on assiste à une campagne de recherche et de récolte de l’armoise annuelle partout dans le pays et à travers l’Afrique. Chacun l’utiliserait comme bon lui semble.

Il est important de savoir que l’utilisation continue de monothérapies à base d’artémisinine par voie orale peut être considérée comme un facteur majeur contribuant au développement de la résistance à l’artémisinine et ses dérivés. C’est pourquoi, j’exhorte instamment les populations qui l’utilisent, les autorités sanitaires de tous les pays autorisant l’utilisation de l’Artemisia à privilégier la piste scientifique pour valider cette ressource traditionnelle. Cette piste pourrait au moment venu, établir les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA) satisfaisants aux normes d’assurance qualité en recommandant des doses inoffensives, définir les doses létales et même indiquer des effets secondaires probables. A l’amont, notre Conseil scientifique indiquera à la population la variété d’Artemisia la mieux adaptée contre le Covid-19 dans nos pays et peut-être sa combinaison à d’autres agroressources. Pour cela, nos chercheurs du Conseil Scientifique doivent se baser sur des publications scientifiques internationales qui élucident les compositions biochimiques de l’Artemisia en faveur d’un traitement contre le Covid-19. Les tests de toxicité sur des animaux d’expérimentation comme le rat et la souris pourraient bien suivre. Ceci serait bien possible avec l’aide des tradithérapeutes, les maisons d’Artemisia et tous les acteurs impliqués dans la promotion de cette agroressource. Tout cela dans un cadre sérieux, doit aller vite et bien, car l’automédication commence déjà en Guinée et un peu partout en Afrique avec l’abandon des gestes barrières (port des masques, lavage des mains, distanciation sociale, etc). Certains par méconnaissance de la plante risquent de récolter des fougères ou d’autres plantes ayant des traits botaniques avec l’Artemisia. Ceux qui connaissent la plante doivent-ils faire de la macération, de la décoction, de l’infusion en se proposant des doses d’administration ? Faut-il utiliser Artemisia afra ou Artemisia annua? Doivent-on carrément attendre la décoction malgache à base de l’Artemisia ? Attendons le dernier mot du Conseil Scientifique et l’agence nationale de la sécurité sanitaire. Néanmoins, ceux-ci doivent savoir qu’ils sont impatiemment attendus. Le retard de leur prise de décision pourrait avoir des conséquences fâcheuses au sein de la population résolument tournée vers la médicine traditionnelle. D’ici là, l’ANSS privilégie le protocole du Dr Didier Raoult qui a fait ses preuves. En plus de l’application de ce protocole du Dr Raoult, l’ANSS doit activement aller à la recherche des contacts en cavale en sollicitant l’aide de toutes les structures sanitaires (cliniques publiques et privées, pharmacies, centres de santé et centres de pratiques tradithérapeutes dans les quartiers). Ce qui pourrait lui permettre de mettre main sur des contacts et personnes dépistées positives, contribuer ainsi à la rupture de la chaine de contamination.

Il faut rappeler que dans les zones d’endémie palustre, il a toujours été conseillé de bien vouloir prendre des mesures visant à cesser la production et la commercialisation des monothérapies par voie orale, et de promouvoir l’accès à des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA). La Guinée étant un pays tropical utilisant l’Artemisia contre le paludisme, il est intéressant d’éviter la résistance à l’artémisinine. Les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine constituent l’essentiel des traitements antipaludiques recommandés aujourd’hui dans plusieurs pays tropicaux et leur efficacité doit être préservée. En plus, l’Artemisia semble aussi être mieux indiquée comme complément alimentaire. Aujourd’hui, même s’il existe de nouvelles molécules contre le paludisme comme l’hydroxychloroquinine, il serait mieux de préserver l’efficacité de l’Artemisia qui reste facilement accessible pour la préservation et la guérison du paludisme surtout dans les zones rurales en Guinée et un peu partout en Afrique où cette pathologie reste endémique.

Qu’ALLAH sauve la Guinée et l’Afrique toute entière. Amen ! Surtout restons chez nous !

Par Mamady DIAWARA, ECA/ISSMV/Dalaba, Consultant en Agriculture durable, Doctorant en Nutrition-Santé, UMR Qualisud, Faculté de pharmacie, Université de Montpellier/France.

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