Que sont-ils devenus ? Sékou Conté “Wastério” nous plonge dans sa carrière musicale

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« Le groupe standard marche comme une institution. Nous avions formé pleins d’instrumentistes, de choristes et chanteurs pour assurer la relève’’

Il s’appelle Sékou Conté ‘’Wastério’’, chef d’orchestre du groupe standard de Petit Condé. Né en 1961 à Dubréka, il est le fils de feu Oumar et de Hadja Safiatou Camara. Marié à une femme, il est père de 6 enfants dont 3 filles et 3 garçons.

C’est en 1967, que Sékou Conté ‘’ Wastério’’ fils de directeur d’école a débuté ses études primaires à l’école de Tombo. Il effectuera ses études secondaires et le lycée au C.E.R de Coléah. Admis au bac, il sera orienté à la faculté de médecine Hadja Mafory Bangoura et le concours d’antan pour accéder au  second degré, lui permit de franchir les portes de l’Institut Polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry (IPGANC).

Musicien-rythmicien, médecin de profession, en service à la psychiatrie du CHU de Donka depuis 2002, Sékou Conté ‘’Wastério’’ a bien voulu se prêter aux questions de Guineenews au centre culturel “Fougou fougou faga faga.”

Très affligé suite au décès du leader de son groupe Ansoumane Camara ‘’Petit Condé’’, Sékou Conté ‘’Wastério’’ nous dépeint sa vie et son parcours de musicien. L’artiste nous accroche à travers ses formations reçues, ses souvenirs et surtout nous rassure quant au prolongement des œuvres laissées par, dit-il, l’irremplaçable guitariste ‘’Petit Condé’’.

Guineenews.org : vous êtes médecin de profession en service. Comment êtes-vous venu à la musique et relatez-nous votre parcours ?

Sékou Conté ‘’Wastério’’ : Pour la première fois que je suis monté sur scène, c’était en 1967 lors de l’inauguration du Palais du peuple. J’étais en classe de 1ère année et dans le cadre de la présentation d’un récital intitulé ‘’Oh ! PDG Syli est ton nom’’ et cela en compagnie de Louis Auguste le Roy et plusieurs autres camarades. Donc très tôt, j’ai commencé par le théâtre et en 1972, l’Ecole de Tombo a présenté lors d’une compétition inter-école, la pièce de théâtre intitulé ‘’ La charte de Kouroukan Fouga’’.

Dans cette pièce, j’ai joué le rôle d’un chef de tribu du nom de Faouly Condé. Etaient aussi membres de cette troupe de théâtre, Djéssira Condé de la RTG, Amirou Conté et Alpha Kabinet Doumbouya qui a joué le rôle de Soundiata. Poursuivant toujours cette passion pour le théâtre, j’ai joué comme acteur dans le chœur appelé ‘’Yanfè so Ghana’’ (La trahison au Ghana en susu).

Avant tout ce parcours dans le théâtre, au plus bas âge, j’avais un ami à Sandervalia du nom de M’Bemba Bangoura, qui m’avait initié aux percussions. Nous avions commencé en ce moment à taper sur les boites vides de tomate concentrée. Plus tard, cet ami avait même appartenu aux Ballets de Conakry 1 et celui de Djoliba et il vit présentement aux Etats Unis. C’est à partir de là que le virus de la musique a commencé à m’atteindre.

Arrivé au Lycée de Coléah en 1974 en 8ème année, j’ai rencontré un ami du nom de Sékou Camara qui possédait une guitare. J’ai été séduit par cet instrument et plu tard mon père m’a acheté une guitare et c’est ainsi que nous avions finalement formé un petit groupe musical à l’école et à l’image de plusieurs autres qui s’adonnaient à la musique dans la capitale.

J’ai voulu tout au début être chanteur et malheureusement le destin m’éloignera du micro. C’est mon beau Youssouf Bengue qui m’introduira au sein de la formation ‘’Soli star’’ du 2ème arrondissement, qui deviendra plu tard le ‘’Limaniya orchestra’’. Dans le ‘’Soli star’’, je ne pouvais pas chanter car la concurrence était rude puisque, j’avais trouvé deux autres géants du micro. C’est ainsi que je me suis adonné aux timbales et à la batterie sans compter que je n’ai pas eu de maitre au cours de l’apprentissage.

Le départ du batteur principal ‘’Malé’’ pour les Sofas de Camayenne, m’offrira l’occasion d’être titulaire à la batterie au sein de ‘’Limaniya orchestra’’. J’ai aussi évolué à la batterie dans l’orchestre ‘’Le Demba orchestra’’ ainsi qu’au sein de l’orchestre du ‘’Kaloum star’’ de Conakry 1. C’est à partir de là d’ailleurs en compagnie de Ibrahima Bah ‘’Prince’’ que nous avions créé une seconde formation.  

C’est à partir de l’Université, que j’ai été repéré par Zézé Guilavogui qui m’a sensibilisé afin d’intégrer la formation orchestrale de l’Université de Conakry. Le noyau de cette formation provenait de la faculté de médecine. Il y avait des musiciens tels Gunter, Marcel Destephen, Alpha Oumar Doumbouya, et cette solidarité de corporation, m’incita d’appartenir aux ‘’Fils du Rais’’ en 1980. Nous avions longtemps animé des matinées et soirées dansante à l’Hôtel de l’Indépendance, à l’Hôtel de l’Unité ainsi qu’aux jardins de Guinée.

Dans mon parcours de musicien-rythmicien, il faut signaler que j’ai évolué aussi au sein de l’orchestre national Balla et ses Baladins, de Kèlètigui et ses tambourini, du groupe de Seydou Nour Thiam, les ‘’Zagba beet’’ du Doyen Papa Kouyaté, ainsi que les Héritiers de feu Sory Kandia Kouyaté.

Finalement, avec l’inspiration et la créativité de l’Agence de spectacles ‘’Conakry Magakhoui’’ sous la houlette de feu Aly Badara Diakité et de son excellence Isto Kéira, le groupe standard de Petit Condé fut mis en place. Jusque-là, j’appartiens à ce groupe musical en qualité de batteur et chef d’orchestre.

Guineenews.org  : Sur le plan de la musique, aviez-vous bénéficiez des formations à l’intérieur ou à l’extérieur du Pays ?

Sékou Conté ‘’Wastério’’ : Bien sûr, j’ai bénéficié de formation tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Tout au début en 1988, c’est grâce à Bailo Téliwel à l’époque Directeur national de la culture que j’ai eu l’opportunité de suivre une formation théorique afin de pouvoir lire la portée. C’est la présence des formateurs François Kokelard et de Bernard Lacalmet  qui m’a permis d’apprendre le solfège, disons celui rythmique.

En 1990, j’ai bénéficié d’une bourse d’études en France et précisément à l’Ecole de Jazz de Paris en compagnie de feu ‘’Tabuley’’. Cette formation s’est étalée sur 6 mois de théories et 3 mois de pratiques. Nous sommes donc diplômés de cette Ecole de Jazz de Paris où, je suis encore revenu pour 1 mois de formation en 1993.

Guineenews.org : Pour tout ce parcours et ces différentes expériences décrochées, vous avez certainement retenu un beau ou mauvais souvenir parmi tant d’autres ?

Sékou Conté ‘’Wastério’’ : Mon plus beau souvenir reste encore notre arrivée à Bamako en compagnie de Sékouba Kandia Kouyaté pour la promotion de son album ‘’Kandia Dénkè’’. Ce qui m’a réellement impressionné, c’est l’accueil qui nous a été réservé de l’aéroport à l’hôtel. Une immense foule était là et cela m’a rappelé l’arrivée des Kassav’’ en Guinée et nous étions tous en larmes.

Le plus mauvais souvenir est de passer 27 jours en compagnie de mon ami, de mon frère Ansoumane Camara ‘’Petit Condé’’ et qui finalement a rendu l’âme en ma présence. C’est une grande douleur pour moi.

Guineenews.org : La disparition de ‘’Petit Condé’’ est une perte immense pour le monde artistique et musical guinéen. Des inquiétudes planent aujourd’hui pour la survivance du groupe standard au sein duquel il était incontournable. En qualité de chef d’orchestre, qu’en pensez-vous ?

Sékou Conté ‘’Wastério’’ : Le groupe standard marche comme une institution. Nous avions formé pleins d’instrumentistes, de choristes et chanteurs pour assurer la relève. Avant la disparition de notre leader Ansoumane Camara ‘’Petit Condé’’ (Paix à son âme), au sein du groupe, il avait eu l’initiative de former 3 guitaristes polyvalents (Karifa Dyéli, Mory et Dyély Kèba) dans son école. En plus, il y a son neveu Kader Sylla qui est le chef d’orchestre de notre formation junior (Les indépendants live) qui le remplaçait à la guitare solo pendant ses déplacements.

Personnellement, j’ai un remplaçant à la batterie et qui a une formation solide pour assurer la relève. Présentement, nous sommes sur les finitions de notre double album prévu pour bientôt. Il reste clair que ‘’Petit Condé’’ est irremplaçable et pour honorer sa mémoire, nous sommes contraint de continuer ses œuvres. C’est une promesse, un engagement de tout le groupe.   

Guineenews.org : Pouvez-vous nous situer sur la discographie du groupe standard et quelles sont les perspectives ?

Sékou Conté ‘’Wastério’’ : La discographie du groupe standard en solo se résume à deux albums. Présentement nous avons deux autres albums qui devraient bientôt être sur le marché. Nous sommes sur les travaux de finition car, feu Ansoumane Condé y tenait à cœur et certainement cela se fera à titre posthume après le confinement. 

Personnellement, j’ai des projets dont je n’arrive pas à mettre en œuvre. Je suis enseignant chercheur rythmicien et du coup, j’ai bien envie après plusieurs années de recherches sur le rythme ’’Yankadi’’, réaliser un documentaire à propos. Mon souhait serait de mettre à disposition mes connaissances sur ce sujet mais hélas je n’ai personne pour m’aider pour le moment.

Le second projet concerne la formation des jeunes sur nos rythmes. C’est un projet dont le coût de réalisation est évalué à 150 millions de francs guinéens. Il s’agit simplement de recruter 1 guitariste, 1 percussionniste, 1 chanteur en plus ma personne à la batterie pour dispenser l’originalité des rythmes guinéens à la nouvelle génération. C’est un souci qui est là et je crains qu’on ne perde un jour la cadence ou le tempo. Ce sont des projets réalisables et qui seront au profit de la jeunesse et de la culture guinéenne. Je manque d’assistance pour aller au bout de mes projets.

Guineenews : Quel est votre regard sur la musique guinéenne ?

Sékou Conté ‘’Wastério’’ : La musique guinéenne commence à perdre son originalité. Nos musiciens vivent  présentement d’emprunt de rythmes pendant que nous avons tout à disposition pour faire évoluer la musique guinéenne à travers nos folklores riches et variés. Les autres musiciens ont toujours puisé chez nous pour mieux s’exporter et nous nous évertuons à copier chez les autres. C’est un constat alarmant. Il faut avoir l’amour de la patrie pour mettre en valeur ses richesses culturelles.  

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guineenews