Guinée – Autre temps, autre mœurs : Damaro sort enfin les violons

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Après s’être illustré par une sévérité inexorable dans l’épreuve de force avec le Front national pour la défense de la constitution (Fndc), Amadou Damaro Camara a, comme par magie, revêtu la tunique d’un faiseur de paix, qui au gré de ses discours, donne des  coups d’encensoir aux opposants les plus irréductibles au régime.

Depuis son avènement au perchoir, on a du mal à reconnaître Damaro Camara, pour ses discours désormais à l’eau tiède. Rien avoir avec le « bon petit soldat » du président. Celui qui portait les fortes charges contre Cellou Dalein et ses pairs. Ce qui l’a d’ailleurs hissé au premier rang des éléphants du parti au pouvoir.

Et quand il fallait désigner les « faucons » du régime, ça tombait sous les sens, que le nom de Damaro vienne de but en blanc dans les esprits, avant celui de tout autre apparatchik.

Mais voilà que l’homme, en habile tacticien, privilégie désormais la politique de la main tendue. Il dit rêver d’une Guinée où la violence n’aura plus sa place. Et qu’aucun citoyen ne doit  désormais perdre la vie ou ses biens à cause de ses convictions. De la part de ce « faucon », ça peut prêter à sourire.

Sauf que Damaro a sans doute compris que pour mieux jouir de ses fonctions de président de l’Assemblée nationale, il faut que la cité soit paisible.

D’où  cet artifice visant à rejoindre les rangs des rares vertueux du système.

Dans le camp d’en face, on n’a pas l’air de prêter attention à ses appels d’air du président du parlement, qui a pris des allures de Don Quichotte, comme par enchantement.

Il faut rappeler que le Fndc ne cesse de réitérer son engagement à ne pas reconnaître les institutions issues du double-scrutin du 22 mars. Des élections qui s’étaient soldées par plusieurs dizaines de morts.

Certains observateurs pensent que ces sorties de Damaro en faveur du dialogue ne peuvent faire tâche d’huile dans le landerneau politique, dans un contexte où des rapts d’opposants continuent de plus belle dans la capitale et en provinces.

C’est le cas à N’zérékoré, la capitale forestière où selon l’opposition, plus de 40 personnes auraient été interpellées et transférées au camp militaire de Soronkoni, situé dans la périphérie de Kankan.

En tout, le Front dit avoir recensé près de 300 arrestations dans ses rangs, dans ce bras de fer électoral.

Voilà un chantier auquel l’honorable devait s’atteler tout d’abord, pour que ces citoyens puissent recouvrer la liberté. Au lieu de nous bassiner de slogans creux.