Exclusif : Quand un transfert de plus de 30 millions USD à EDG affaiblit la position nette du trésor public guinéen

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Malgré la mise sous gestion d’Électricité de Guinée par contrat avec VEOLIA, un groupe français, cette entreprise publique vivant quasiment de subventions publiques est toujours en incapacité d’équilibrer ses comptes.

Le transfert de fonds en sa faveur en septembre 2019 n’a pas non plus propulsé le niveau des investissements dans toutes ses composantes (production, transport et commercialisation). Pourtant, lors des dernières missions de revue du programme avec le FMI (fonds monétaire international), il a été recommandé aux commis de l’Etat de privilégier le paiement des dépenses d’investissements pour améliorer l’état de l’économie guinéenne. Hélas, l’Etat guinéen continue de dépenser au-delà de ses capacités de mobilisation des recettes. Conséquence, le solde du trésor public à la BCRG en fin octobre 2019 était au rouge. Pour comprimer cette situation, les autorités ayant pris la décision de ne pas accepter de retrait au risque d’exploser la PNT (position nette du trésor), nous rapporte-t-on. Les autres entreprises locales qui contribuent au développement économique, devraient prendre leur mal en patience jusqu’à ce que les indicateurs économiques reviennent peut-être au vert.

Déjà surendettée, Guineenews© a appris de source officielle qu’EDG doit plus de six cent milliards de francs guinéens (600.000.000.000 GNG) au fisc guinéen. N’étant pas en mesure d’honorer cette dette vis-à-vis de la direction nationale des impôts, les dirigeants d’EDG ont proposé la compensation (croisement) pour se sortir de cette situation, nous informe un cadre du ministère de l’Energie qui n’a pas voulu être cité.

La compensation serait proposée compte tenu du fait que certains services de l’administration publique doivent à EDG d’importants arriérés au titre de consommation d’énergies impayée.

En effet, l’acquisition du mazout pour faire tourner les générateurs thermiques passe par l’adjudication des marchés à des entreprises qui surfacturent et qui appartiennent à des « amis » du pouvoir ou parfois à des commis de l’Etat tapis dans l’ombre. Selon nos informations, les paiements qui en résultent sont faits au forcing et exercent de fortes pressions sur la PNT à la BCRG (banque centrale de la république de Guinée). Au lieu de contribuer à la constitution d’une valeur ajoutée pour l’économie locale, des individus sous le couvert de ces entreprises s’enrichissent en exportant la valeur ajoutée ailleurs, ce qui ralentit l’évolution des PME (petites et moyennes entreprises) et PMI (petites et moyennes industries) guinéennes, et occasionne le vide du panier de la ménagère, diront d’autres.

Rien qu’au mois de septembre 2019, le trésor public a payé plus de trente millions de dollars américains (30.000.000 USD soit l’équivalent de plus de 300 milliards de francs guinéens) aux fournisseurs d’EDG et à titre de contribution de la part guinéenne dans un projet sous-régional. Deux transferts de crédit concernent les arriérés relatifs à l’achat de mazout pour faire fonctionner les générateurs thermiques en vue d’alimenter la ville de Conakry en électricité alors que l’abondance des dernières pluies aurait permis de couvrir une grande partie de la période d’étiage.

Le premier paiement est relatif au montant de huit millions cent soixante-seize mille dollars américains (8.176.000 USD). Il a été fait en faveur de la Guinéenne d’Energie (GDE) suivant la facture No. SGE/02/2019 au titre de l’exercice 2019.

Le deuxième paiement concerne les factures No.19 et No.20 appartenant à la Société Octogone Trading de seize millions huit cent neuf mille trois cent cinquante-huit dollars américains (16.819.358 USD) relatif à la fourniture du fuel lourd pour le mois de juillet 2019.

Le troisième paiement d’un montant de deux millions neuf cent quatre mille huit cent quarante-cinq dollars américains (2.904.845 USD) a été payé à la société de gestion de Kaleta dans le cadre de la vente d’énergie à EDG suivant facture No.K-2019-06-01.

Le quatrième cas est relatif au paiement de la contribution de la Guinée dans la construction de la ligne 225 KV Linsan-Fomi-Kankan d’un montant de quatre millions quarante six mille deux cent quarante six euros (4.046.246 EU) suivant le contrat No.2017/149/1/1/3/2/2/036.

« Le problème, ce n’est pas du fait d’avoir payé les crédits d’EDG. Mais c’est d’avoir transféré plus de 30 millions pour une seule entité étatique en un seul mois (septembre 2019) sur les maigres ressources mobilisées par le trésor public. On aurait dû dispatcher une partie de ce montant à d’autres fournisseurs de l’Etat pour éviter l’accumulation des arriérés des PME et PMI par exemples qui sont les fleurons de l’économie locale. En payant toute cette somme au ministère de l’énergie sans tenir compte des priorités du moment, on épuiserait fortement les ressources en devises, ce qui met le trésor public dans une situation intenable pour faire face aux dépenses d’urgences et celles liées aux investissements », a déclaré un cadre du ministère de l’économie et des finances sous le couvert de l’anonymat.

L’ordonnateur des dépenses payées aux entreprises proches du pouvoir n’est rien d’autre que le ministre de l’énergie. Pendant ce temps, un refus catégorique est servi aux PME/PMI locales dont les paiements sont coincés dans les dédales d’EDG. Il y a donc ici en matière la matière, une négligence dans le paiement des factures des entreprises locales, ce qui provoque une mort lente de l’économie guinéenne dans un contexte de crise politique liée à l’hypothétique fin de mandat présidentiel et la controverse constitutionnelle.

Par ailleurs, dans la loi rectificative des finances 2018 (LORF 2018), une subvention de l’Etat de plus de huit cent milliards de francs guinéens (800.000.000.000 GNF), était prévue au profit de EDG en 2019. Entre janvier-mars de l’année en cours, l’électricité de Guinée a déjà reçu un virement de quatre cent milliards de nos francs (400.000.000.000 GNF, soit plus de 40 millions de USD), au titre de subvention relative à l’achat de mazout et à la location des générateurs thermiques. En 2018, déjà, l’Etat a fait un transfert de crédit de 2600 milliards de nos francs. D’ailleurs, lors d’une conférence presse organisée à Conakry le 29 mai dernier, le premier ministre Kassory Fofana disait que « l’Etat ne pouvait plus continuer à subvention EDG », trouvant épuisante cette manne trop élevée sur les recettes publiques. De même, le 25 août 2019, le ministre de l’économie et des finances Mamadi Camara avait annoncé deux mesures qui pouvaient pousser l’Etat à réduire la subvention en faveur de l’EDG. Notamment, l’augmentation du tarif de consommation de l’énergie qui était passé de 60 GNF le kilowatt heure à 240 GNF (soit une augmentation de 400%) et la réduction de certains avantages sociaux. Mais apparemment, ces mesures n’ont servi à rien, car EDG continue à dépendre toujours de fortes subventions de l’Etat, exerçant du coup une pression énorme sur les recettes du trésor public guinéen.

Précédemment, EDG était une société d’économie mixte. Mais dans un décret récent, le président Alpha Condé l’a transformé en une société publique anonyme avec un conseil d’administration. Après une gestion mitigée, le contrat de VEOLIA pour plus de 11 millions de dollars américains pendant 4 ans expiré le mois dernier n’a accouché que d’une sourie.

A l’image de l’EDG, le problème de gestion des établissements publics, reste entier en république Guinée, déplorent les observateurs.