Entretien et réparation en Guinée : le bricolage comme une « industrie » qui assure une seconde vie aux engins roulants

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« Eh, patron ! Tu veux quoi ? Avec moi, y a ‘’d’origine’’. Wallahi ! »

C’est ainsi que s’expriment les vendeurs de pièces d’occasion et les réparateurs d’engins et outillages divers pour interpeller ou aguicher leurs clients. Dire d’eux qu’ils sont des as, débrouillards, imaginatifs, ingénieux, ne serait que rappeler une vérité de la Palice.

La réalité que ce monde si particulier nous renvoie est la résultante du cumul de privations que le pays a connues il y a bien des années déjà. Ces difficultés de tous ordres, étaient générées par le choix politique très centralisé de l’époque, qui faisait abstraction de tout libéralisme dans le système économique. Les difficultés à se procurer du minimum ont forgé chez ces vendeurs et réparateurs une capacité d’adaptation des plus abouties. Il fallait tenir ou périr !

Ainsi s’est développé chez nous, le fameux système D qui a permis à bon nombre de tenir le coup, toutes les fois que des périodes cycliques de privations avérées ont pris tout le monde à la gorge.

Ce phénomène est surtout perceptible dans le secteur informel où nos techniciens et artisans rivalisent d’imagination et de créativité pour bricoler, arranger, réparer, façonner, adapter tout ce qui, auparavant, était considéré comme ‘’mort’’, irréparable et introuvable sur le marché local.

N’est-ce pas pour cela que l’on voit encore circuler chez nous, des véhicules antiques, dignes du musée, dont l’existence jusqu’à maintenant surprend même leurs inventeurs ou fabricants. Eh, oui, nos Alakabon Citroën, camions Zil et Gaz modifiés, Jeeps russes, voitures Renault 12, Peugeot 404 et 504 … ils sont peut-être tous out des archives, mais pas tous morts encore !

Pour se conforter dans cette philosophie, une certaine opinion rappelle à l’envi que ‘’l’automobile ne meurt pas, c’est son propriétaire qui meurt’’ (nous avons traduit littéralement). Ce qui n’est pas loin de l’autre célèbre théorie qui affirme que ‘’rien ne se perd, rien ne se crée. Tout se transforme.’’ Et cela explique peut-être la propension qui pousse bon nombre de nos compatriotes à vouloir garder à tout prix leur vieille voiture. Ils se disent que, malgré son état et son âge, elle doit rouler toujours. Pour eux, tant qu’ils pourvoiront aux réparations nécessaires, ça marchera.  Bien entendu, moins la sécurité sur la route !

A bien prêter attention à ce secteur d’activités d’ordre technique et mécanique ou à tout ce qui s’y rapporte, on est surpris, voire émerveillé. Ceux qui y exercent sont dans l’informel, le plus souvent. Malgré tout, ils réussissent des prouesses qui, si elles étaient bien ‘’vendues’’ à l’international auraient séduit plus d’un et seraient mieux valorisées et peut être même accompagnées.

Il est dit et prouvé que l’invention n’est pas l’apanage des seuls ingénieurs. Faites un tour à la Casse ou dans les ateliers de fabrication et de réparation et vous verrez que, du sujet abordé, nous n’avons pas tout dit. Un blanc (européen, américain, asiatique) qui se rendrait là, comprendrait vite qu’il gaspille de l’argent, à devoir tout changer à l’état neuf sur son véhicule, en cas de panne. Il conclurait qu’il est plus économique de chercher d’abord à réparer. Ce qui est bien possible avec ces ouvriers ingénieux et habiles que rien ne rebute.

Cependant, pour lui qui est étranger au contexte et au système, le problème est ailleurs. Il est d’abord culturel. Une telle approche à son entendement est à rejeter d’emblée. Il ne peut pas s’en accommoder, malgré l’avantage pécuniaire qu’on en tire. Rien ne peut la justifier à ses yeux, surtout quand, dans sa mise en œuvre on occulte, les aspects liés à la qualité et à la sécurité. Dans une moindre mesure, il fait mention de l’esthétique pour améliorer l’image du parc automobile. Il aura sans doute raison, ce blanc, de penser et réagir de la sorte. Chez lui, tout est codifié, normalisé pour une marge de confort et de sécurité toujours plus grande de la circulation.

Mais, que répondra-t-il quand on lui dira que depuis quelques années, l’assaut des faussaires a touché l’important secteur des pièces de rechange automobile qui arrivent chez nous. Le marché est aujourd’hui saturé de ces produits neufs, rutilants, bien emballés et bien présentés qui, en réalité ne servent qu’à pousser les détenteurs de véhicules à toujours dépenser de l’argent ou à s’exposer à des risques d’accidents. Vous montez ces pièces neuves sur votre véhicule, c’est à peine s’ils tiennent la semaine ou le mois. Certains même s’abîment pendant le montage, telles les coupelles de freins, les roulements, les silentblocs… Il s’agit de pièces automobiles ou motocyclistes contrefaites qui ont une grande incidence sur la sécurité de la circulation. Même les lubrifiants, les courroies, les ampoules et les liquides de freins ne sont pas exempts de la malfaçon. En somme, tout ou presque est trafiqué dans les pièces de rechange automobile.

Ce dossier mérite une attention particulière des uns et des autres. Tout le monde est concerné. Il faut insister sur les gros risques que nous prenons à monter ces pièces neuves contrefaites sur nos véhicules, surtout quand il s’agit des organes de sécurité comme les freins, la direction, les pneumatiques ou le système d’éclairage.

Bien entendu, c’est comme ouvrir une boîte de Pandore. La problématique est assez sérieuse. Elle doit être abordée avec maîtrise et responsabilité. Il s’agit d’un système de trafic tentaculaire qui agit à l’international et cible surtout les pays pauvres pour introduire leurs mauvais produits. C’est le même schéma que pour les faux médicaments et autres secteurs d’activités jugés très sensibles ou très porteurs en termes de profits. Les réseaux qui s’activent dans ce domaine sont déjà suffisamment outillés à faire perdurer le système, par la corruption notamment. Ce qui fait qu’à ce jour, en matière de pièces de rechange neuves pour véhicules, le faux surplombe le vrai, sans que nul ne réussisse à y changer quoi que ce soit, du moins, pour l’instant.