Covid-19 et le monde agricole en Guinée : au cœur de la détresse des paysans de Mamou

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Les localités de Soumbalako et Dounet, dans la préfecture de Mamou constituent des zones de production des produits maraîchers par excellence. Des productions aussi riches que diversifiées comme la pomme de terre, l’aubergine, le piment, le gombo, la tomate…

Force est de constater aujourd’hui que plus de six semaines après l’entrée en vigueur des mesures d’urgence prises par les autorités pour circonscrire la propagation de la pandémie de Coronavirus, les producteurs locaux de Mamou voire d’autres zones de production agricole du pays, sont en train de vivre un véritable cauchemar lié aux difficultés de mobilité pour eux et leurs productions vers les différents débouchés.

Face à cette détresse du monde agricole, la rédaction locale de Guinéenews© est allée à la rencontre de ce maillon essentiel de la population qui approvisionne plusieurs villes du pays notamment la capitale, Conakry.

L’interdiction pour les habitants de Conakry de voyager vers les régions de l’intérieur du pays et le couvre-feu qui coure toutes les nuits de 21 heures à 5 heures, impactent négativement la chaîne de production agricole. A ces mesures restrictives qui empêchent le mouvement des personnes, s’ajoute la suspension par les autorités préfectorales de Mamou des marchés hebdomadaires.

La rareté des acheteurs dans les marchés entraîne la chute des prix des produits. Faute de centres de stockage approprié et de transformation, les pommes de terre et les aubergines, en grande quantité, pourrissent dans les magasins de Soumbalako et Dounet.

Dame Aïssatou Diallo, est membre d’un groupement agricole de Soumbalako. Ici, elle témoigne de leurs difficultés actuelles : « cette année, nous sommes confrontés à d’énormes difficultés. Les semences et les engrais sont arrivés en retard. Les cultures ont raté le cycle de l’eau. Plusieurs hectares ont été décimés à cause du manque d’eau. Pendant qu’il était question de récolter le peu qui restait, cela a coïncidé à la pandémie de Coronavirus. Nous n’arrivons pas à écouler les produits. Les autorités ont interdit les marchés hebdomadaires. Ici, le jour du marché, c’est le lundi. Les camionneurs, pour échapper au contrôle des policiers, arrivent ici les dimanches. Nous embarquons les produits pour les livrer aux marchés de Conakry. La semaine passée, nous avons embarqué des aubergines sur huit camions. Ils ont accusé du retard en cours de route à cause des barrages policiers. Arrivés à Conakry, la plupart des aubergines étaient déjà pourris et nous n’avons pas eu de preneurs. Le peu qui a été vendu, a été vendu à 30 mille GNF le sac. D’habitude, nous vendons un sac d’aubergines ici à 300 mille GNF. Cette fois le sac d’aubergines est vendu au marché hebdomadaire à 80 mille GNF. Imaginez la perte suite à la chute du prix de 300 mille GNF à 30 mille GNF. Pourtant nous avons contracté des crédits pour travailler« 

Pour sa part, le vice-président du district de Soumbalako Thierno Ibrahima Barry, également producteur de pommes de terre, renchérit en ces termes :   » nous avons pris à crédit les semences de pommes de terre. La caisse de 50 kilomètres est à 750 mille GNF. L’engrais est à 200 mille GNF, le sac. Ici au marché, le peu d’acheteurs qui viennent achètent la pomme de terre à leur prix. De 8 mille GNF, le kilogramme hier, actuellement ça chute à 4 mille GNF, le kilo. Avec ce prix, nous ne pourrons pas rembourser les crédits« .

Mamadou Dian Diallo, un diplômé de l’école nationale d’agriculture et d’élevage de Tolo développe son entreprise agricole dans les sous-préfectures de Dounet et Kégnéko. Ce jeune entrepreneur lance un cri du cœur à l’endroit du gouvernement pour les aider à juguler cette mauvaise cette saison.  » Cette année, nous avons enregistré d’énormes pertes. Les propriétaires terriens donnent difficilement leurs terres. Ils réclament 2 à 3 millions par hectare. A cela s’ajoutent les frais des semences, des engrais, de l’entretien et de la main d’œuvre. Si nous ne trouvons pas d’acheteurs, les produits vont périr dans les champs. Nous demandons à l’État de penser à notre situation« , a-t-il Plaidé.

Ces alertes de détresse sont aussi suffisantes pour interpeller aujourd’hui le gouvernement à agir de toute urgence en faveur de ces producteurs surendettés et qui sont abandonnés aujourd’hui à eux-mêmes.