Accidents de la route en rase campagne : ce nouveau fonds de commerce pour les arnaqueurs

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A première vue, on pourrait déduire que le simple fait que manipulateurs et arnaqueurs accordent un certain intérêt au secteur des accidents, au point de l’infiltrer pour leurs sales besognes, signifie que celui-ci n’est pas aussi banal qu’une certaine opinion voudrait le laisser croire, depuis toujours. Bien entendu, cela ne signifie en rien qu’on trouve là, quelque excuse que ce soit qui justifie leurs forfaitures. Plutôt, et sur un tout autre plan, on pourrait souhaiter voir, par ce biais, la frange des sceptiques comprendre enfin que les problèmes de la circulation routière et des accidents sont aussi importants à considérer dans l’échelle des urgences, que les autres secteurs de la vie courante. Et que partant, on doit leur accorder tout l’intérêt qui sied, plutôt que la relative indifférence qui leur est concédée dans bien de cas, jusque maintenant.

D’ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler qu’en général, les hackers et autres ‘’méchants’’ du téléphone portable, des réseaux sociaux et de l’internet ne s’invitent jamais dans des ‘’affaires’’ ou dossiers sans intérêt avéré. Ils raffolent plutôt de situations où ils peuvent jouir pleinement, en boostant leur notoriété et faisant le plus de mal possible à leur cible ou proie. Et pour réussir leurs sales coups, ils s’arment du meilleur atout qui soit : un flair bien aiguisé !

Le commandement de la gendarmerie routière rapporte que chaque année, des individus, non encore identifiés et pour des mobiles, motivations ou desseins inconnus, annoncent sur les réseaux sociaux un ou plusieurs accidents graves qui ne se sont réellement produits que dans leur imaginaire débordant et délirant.

Le dernier exemple en date est celui du 05 juillet. A l’occasion, il avait été annoncé sur les réseaux sociaux, la survenue d’un accident avec un lourd bilan de neuf morts, à Labota. Le commandement de la gendarmerie routière et la compagnie sécurité routière de Kindia avaient formellement démenti cette information et conclu à une manipulation. Le ou les auteurs, sont partis d’un fait réel survenu en 2019. Ils ont reconduit les images produites à l’époque et titré que l’évènement venait de se produire.

Cette Fakenews avait induit un effet nuisant dans l’esprit des citoyens, malgré le démenti de la gendarmerie routière.

Pour ceux qui voyaient, pour la première fois, ladite nouvelle affichée, la messe était dite : ils étaient rassurés qu’il y avait bien eu un accident mortel à Labota.

Tout semble indiquer que c’était délibéré et bien planifié. Dans quel but ? Seul (s) le ou les auteurs ont la réponse.

Dans ce cas de figure, des interrogations conduisent à se demander si l’objectif des manipulateurs ne vise pas à traumatiser les gens, à influencer négativement l’opinion, à donner l’impression que les accidents sont trop fréquents en rase campagne, etc. Surtout que, coïncidence ou pas, un autre accident avec six morts et quatre blessés graves venait de se produire la veille, 04 juillet, aux environs de 17 heures, à Menguiya, (Gbantama), un district de la sous-préfecture de Khorira, situé au PK 18 de la nationale n 0 3, Dubréka-Boffa.

L’adjudant-chef Abou Latè Dounamou, chef de poste, représentant la gendarmerie routière à Tanènè, nous avait rapporté les circonstances de cette tragédie, indiquant que trois véhicules étaient impliqués, parmi lesquels une Renault Express et un camion benne.

D’après lui, le chauffeur de la Renault quittait le marché hebdomadaire de Tanènè avec dix personnes à bord, dont lui-même, et roulait en direction de Dubréka. Chemin faisant, alors qu’il pleuvait et que sa vitesse était remarquable, sur les lieux indiqués plus haut, il a tenté de dépasser deux véhicules dans une courbe. Au même moment arrivait, dans le sens opposé (Dubréka-Tanènè), un camion benne vide, roulant tranquillement dans son couloir normal de marche. La collision était inévitable. D’où le bilan, annoncé plus haut.

La responsabilité de cet accident a été imputée au chauffeur de la Renault Express, pour dépassement défectueux. Malheureusement il a fait partie des victimes mortelles. La gendarmerie souligne également qu’il était dépourvu de toutes pièces.

Les blessés avaient été évacués à l’hôpital de Dubréka. Trois des six victimes mortelles étaient de la même famille (une femme et deux hommes). Leur inhumation s’est déroulée, le même jour, nuitamment, à Tembaya, une localité située à 25km de Tanènè, sur la route de Boffa.

Après les manipulateurs, les arnaqueurs

Sur cet autre plan, nous avons pris langue avec le chef d’escadron Djimè Chérif Haїdara commandant adjoint de la gendarmerie routière, assurant l’intérim du lieutenant-colonel Michel Koly Sovogui, en mission. Il a confirmé sans ambages qu’on rapporte régulièrement à ses services des cas d’escroquerie aboutis ou pas, portant sur des accidents imaginaires, annoncés au téléphone, par des individus non identifiés : « les arnaqueurs dans le domaine des accidents en rase campagne existent bel et bien. Ils évoluent virtuellement dans notre zone d’intervention, parce que leur stratégie qui repose sur la mystification semble plus facile à mettre en œuvre à ce niveau pour produire rapidement, l’effet espéré. L’explication vient du fait que la rase campagne est une vaste étendue du territoire, située en dehors des centres urbains. De nos analyses faites, il ressort que ces arnaqueurs exploitent cet aspect pour inventer n’importe quel accident et le situer n’importe où dans ce vaste périmètre. Ils sont persuadés que leurs victimes ne pourront pas vérifier, aussi facilement que si c’était en ville, leur prétendue information urgente et utile.  

Qui sont ces arnaqueurs

« Ces gens sont des individus dangereux, fins psychologues et très inventifs. Par leurs méthodes, nous estimons avoir affaire à des personnes à grand talent d’acteurs de psychodrames. Ils ont l’art de simuler et de convaincre. Ils ne travaillent que sur du faux inventé de toutes pièces et sur une seule personne à la fois. Ils prétendent être sur un lieu d’accident et être mêm impliqués dans sa gestion. C’est comme ça qu’ils réussissent à arnaquer leurs malheureuses victimes qui tombent curieusement dans leur piège. On dirait qu’ils hypnotisent à distance. »

 Vous affirmez qu’ils gagnent et comment

« Plein de fois, il nous a été rapporté que des citoyens, convaincus de recevoir une information urgente concernant un parent victime d’accident, leur ont envoyé par voie de transfert, des crédits téléphoniques ou de l’argent liquide. »

Comment arrivent-ils à convaincre leurs victimes

« Pour réussir leur coup, ils mystifient, aggravent les faits supposés s’être produits. Ils jouent sur les sentiments, les émotions et la psychologie des gens.  S’ils sentent que leur interlocuteur est facile à convaincre ou à influencer, et bien, ils utilisent alors des arguments bien choisis pour impressionner davantage. Ils peuvent annoncer un bilan terrifiant et présenter la situation de façon à faire réagir immédiatement l’intéressé qui obtempère aveuglément à leur sollicitation. On nous rapporte parfois des propos comme : ‘’C’est très grave, ce qui est arrivé, mais rassurez-vous, votre parent est l’un des rares qui soit encore en vie. C’est sûr, qu’il va s’en sortir, mais, faites vite. C’est urgent !’’ » 

Que disent-ils d’autre et comment font-ils ?

« Ils ont toutes sortes d’arguments qui seraient longs à citer ici. Ils peuvent se présenter sous un nom X ou Y, vous dire qu’ils sont les premiers et seuls témoins de l’accident qui vient juste de se produire. Parfois, ils vous déclarent appartenir aux corps de défense et de sécurité. Ils se donnent alors des grades variables : commandant ou colonel, le plus souvent. Pour mieux crédibiliser ou impressionner. Ils vous invitent à leur envoyer rapidement des unités dans leur téléphone pour appeler les services compétents ou parfois, c’est de l’argent qu’il leur faut, pour transporter rapidement les victimes à l’hôpital. Si vous leur demandez comment, ils vous répondent qu’un point de transfert d’argent se trouve, par hasard, juste à côté, non loin du lieu de l’accident. »

Comment qualifier ces comportements

Pour le chef d’escadron Djimé Chérif Haidara qui nous a expliqué tous ces stratagèmes que développent ces grands escrocs, sans morale et sans scrupules, la réponse ne tarde pas. Il connaît le dossier : « le comportement de ces individus est tout simplement inqualifiable. Pour répéter ce que nous avons dit déjà, ils sont sans cœur et jouent sur les sentiments des gens, sur ce que tout être humain normal a de plus noble et valorisant, enfoui, dans son for intérieur : l’amour du prochain, l’altruisme, le don de soi, le partage, la solidarité, en un mot l’humanisme, dans le sens le plus accompli du terme. »

Comment mettre fin à ces tristes et graves comportements

« Je vous l’ai dit, ces comportements sont bien connus de nos services. Des citoyens s’en plaignent à nous pour en avoir été victimes ou parfois pour nous rapporter précipitamment l’information reçue, à la recherche de confirmation de notre part, pour se situer sur le sort de leur proche, supposé victime du faux accident annoncé. Nous sommes donc mobilisés et très déterminés à mettre hors d’état de nuire ces individus qui, non seulement usent de tromperie pour soustraire frauduleusement des fonds au détriment de personnes innocentes, mais aussi, créent et entretiennent des stress aux conséquences énormes et brutales dans de nombreuses familles. »

A votre avis, n’y a-t-il pas meilleure piste que toutes les autres

« Sans doute, il en existe une qui pourrait s’avérer porteuse de résultats efficaces pour clore rapidement ce type d’enquête. Devoir de réserve oblige, je ne vous dirais pas tout ce que nous avons fait et sommes en train de faire jusque-là, sur ce dossier. Cependant, je puis vous dire que la mobilisation de l’opinion peut à elle seule suffire à mettre rapidement fin à cette situation. C’est comme pour toutes les autres formes d’insécurité ou de criminalité liée à la sécurité routière, tels les braquages, les coupeurs de route, etc. Dès que les populations adhèrent et s’impliquent, on trouve rapidement la solution à tout problème posé. Les malfaiteurs vivent parmi ces populations, qui les voit et qui les entend. Il suffit qu’elles veuillent bien accepter d’appuyer les services de sécurité pour que tout rentre en ordre. C’est aussi simple que ça et c’est la vérité.

Pour ce cas d’espèce, tout le monde doit savoir qu’en cas d’accident sur le territoire national, les services compétents que sont la police ou la gendarmerie interviennent toujours. S’ajoutent à eux parfois, d’autres services que sont la santé, les sapeurs-pompiers, les syndicats et des citoyens bénévoles. Jamais, aucun de tous ceux-ci n’a demandé de l’argent ou des unités pour faire son devoir. Jamais une victime d’accident n’a été séparée des autres pour être traitée isolément sur place avec des frais fixés et perçus par un tiers. Pourquoi alors écouter quelqu’un que vous ne connaissez pas, qui vous parle au téléphone pour vous raconter des histoires d’argent ou de crédits à lui envoyer. Comme si votre parent a fait un accident sur une autre planète et que son cas est si extraordinaire que c’est ce monsieur au téléphone qui va le gérer en pleine rue. Comment cet arnaqueur sait-il d’ailleurs que vous êtes lié à cette victime ?

Réveillez-vous donc ! Cessez d’être aussi naïfs. Ne lui donnez pas le temps de bavarder et de se rendre intéressant. Habituez-vous à vous renseigner auprès des services de sécurité, pour avoir les bonnes informations. Coupez la communication avec ces arnaqueurs et prenez soin de toujours noter leur numéro. Un jour ou l’autre, le développement du secteur de la téléphonie mobile aidant, on pourra remonter jusqu’à eux, dans les formes légales requises en la matière. »